L'histoire
Cergnat et le Pic Chaussy, lithographie, sans signature ni date, portant en légende "Le Mont Chaussis et Les Diablerets vue du Sépey" XIXe s.Le récit qui va suivre est un tableau succinct qui devrait pouvoir servir de base à d'autres études plus détaillées. Pour la Préhistoire, on ne peut faire que de maigres hypothèses, basées sur de rares trouvailles. Des haches de bronze ont été trouvées à Leysin, au col des Mosses, comme à Château d'Oex. Est ce l'indice d'une migration d'il y a plus de 3000 ans? Ces gens auraient été parmi les premiers à parcourir une région vraisemblablement très boisée: une pierre à cupules dans la région du Pillon, le menhir de cornieule du Tomeley, au dessus de La Forclaz, quelques vestiges d'idiomes celtiques dans des noms de lieux, en particulier dans le vallon de Culan, nous autorisent à faire quelques hypothèses sur le lieu de passage qu'aurait été la région des Ormonts. Une route de l'étain aurait pu emprunter une partie de la vallée sous la forme d'une simple piste: trafic lié à l'exploitation de mines de cuivre dans le val d'Anniviers. Aux premiers siècles de notre ère, il semble qu'une pénétration romaine se soit établie sur l'ancienne piste celtique, mais on n'a trouvé aucun gisement de l'époque romaine, ni de l'époque gallo romaine qui suivit.
Le Haut-Moyen-Age

L'église et l'ancienne cure de Cergnat, acquatinte de Samuel Weibel (entre 1826 et 1832)La seule source présentant quelque intérêt pour cette période est la "dotation" dite de Sigismond. Ce roi des Burgondes céda en 515 à l'abbaye de St Maurice d'Agaune plusieurs domaines parmi lesquels onze " curtes ". Il cède en même temps toutes les " alpes " de la tête du lac (Villeneuve) à Martigny. C'est vraisemblablement dès le VIIe s. que les parties montagneuses bordant la plaine du Rhône ont commencé à être défrichées. Ce mouvement s'accentuera sous les Carolingiens, surtout dès le Xe s. à la suite des incursions sarrasines et hongroises qui refoulèrent les gens de la plaine vers les montagnes où elles trouvèrent refuge. Par la fondation du prieuré d'Aigle (cité pour la première fois en 1138), l'abbaye de St Maurice place un jalon entre elle et les hommes qu'elle envoie défricher les grandes forêts montagneuses. Après l'élévation d'Aigle au rang de bourg savoyard, en 1231, se forme une commune paroissienne, attestée dès 1267. Jusqu'au dernier quart du Xllle s. , ce sont les desservants ecclésiastiques qui assument l'administration de la vallée d'Ormont, sous l'égide de l'abbaye d'Agaune.Dès le début du Xllle s. les divers seigneurs de la plaine, tous vassaux du comté de Savoie, obtiennent des concessions de terre dans la haute vallée, qu'ils peuplent avec leurs hommes, serfs et hommes libres. Ils s'y trouvent pourtant en compétition avec l'abbaye qui perd de plus en plus de terrain. Les familles seigneuriales qui se partagent les diverses " tenures " sont les Saillon, les Pontverre, les de la Tour, les seigneurs d'Aigle, de St Triphon, d'Ollon. Les premiers établissements sédentaires paraissent avoir été Le Sépey et La Forclaz (voir la carte).

Dès le Xlle s. les comtes de Savoie sont les maîtres de l'abbaye d'Agaune (" avoués " du couvent, protecteurs). Celle ci administre les anciennes " curtes " de la plaine par des vidomnes et des mayors qui doivent l'hommage au comte de Savoie. Dans les documents, c'est à partir de 1179 qu'apparaissent les noms des premiers vassaux. Le 9 janvier 1222, le comte Thomas procède à un échange avec Aymon de Saillon et c'est par une confirmation de 1232 que nous savons que Gui de Saillon, fils d'Aymon, alias Pontverre, reçoit le château de St Triphon et des terres en Ormont.Dès 1231, les Saillon ont échangé leur nom contre celui d'Aigle et l'on voit Gui d'Aigle donner, en 1242, Lyoson à l'abbaye de Haut Crêt, en 1250, Manfred, fils de Gui, revendiquer de l'abbaye de St Maurice le pâturage de Culan.

En 1268, Pierre de Pontverre succède à son père. En septembre 1277, Jacques IV de Saillon, seigneur d'Aigle affranchit ses hommes de la "Joria" d'Ormont (Ormont Dessus). La charte confirmant ce geste est du 2 février 1279. Le 2 juillet 1288, le domaine des Pontverre s'agrandit par une cession (inféodation) de l'abbaye et il ne reste plus à cette dernière que la seyte de La Forclaz.

Le Bas-Moyen-Age
Le Mont d'Or et le Sépey, carte postale du début du XXe s.De l'an mil à la Réforme (1529), une succession de dates importantes marque l'histoire de la vallée; celles qui concernent Ormont Dessus mettent en valeur celles qui se rapportent à Ormont Dessous. Les deux communautés ont lié leur sort durant toute la période du Bas Moyen Age. Ce n'est, en effet, qu'en 1480 que les deux paroisses se constituent séparément.En 1313, la vallée d'Ormont compte 259 feux, dont 180 à Ormont Dessous. Cergnat appartient encore en propre au comte de Savoie.C'est vers 1348 que se construit le château d'Aigremont, à l'initiative d'Aymon Il de Pontverre, qui devient bailli du Chablais en 1349 1350. Il avait épousé Françoise de la Tour, décédée en 1403. Leur fils François épousa, avant 1364, Eléonore, fille d'Humbert d'Allaman, la présumée "Dame d'Aigremont ", attaquée par les Valaisans et défendue vers 1375, par les bergers de La Forclaz qui reçurent en récompense la Montagne de Perche. En 1403, l'occupation d'Aigremont par le comte de Gruyère, Rodolphe IV amène le comte de Savoie Amédée VIII à faire intervenir François Bouvier, vice châtelain de Chillon, qui occupe la forteresse avec quatre-vingt mercenaires, puis y place une garnison de douze hommes.Dès 1438, les Compeys, seigneurs d'Aigle, revendiquent plusieurs pâturages aux Ormonts. Ils échouent. Les seigneurs sont désormais plusieurs: les Vallese, devenus, en 1425, seigneurs d'Aigremont, les de Gruyère et les de la Baume d'Illiens. Ce sont ces coseigneurs qui exercent la haute juridiction sur la vallée et qui accordent, en 1441, deux foires au Sépey.
L'histoire ecclésiastique
La dernière course de la diligence Aigle Les Diablerets, le 22 décembre 1913.La vallée ayant appartenu longtemps à l'abbaye de St Maurice d'Agaune, son organisation ecclésiastique est liée au rayonnement de cette communauté. Bien qu'elle ait perdu peu à peu ses propriétés foncières, elle n'en garde pas moins la majeure partie de l'autorité spirituelle, la partageant pourtant, dès le milieu du XlVe s. , avec l'évêché de Sion.
Les archives paroissiales d'Ormont Dessous ayant été détruites par l'incendie du 25 octobre 1866, il est impossible, malgré plusieurs recoupements, de préciser quand fut érigé, par l'abbaye, le premier sanctuaire. Il est cependant possible d'imaginer qu'une modeste chapelle l'ait précédé. Auparavant, les défricheurs, voire les réfugiés dont nous avons parlé, devaient descendre à Aigle ou même à Ollon pour assister aux offices religieux. La construction du premier sanctuaire ormonan correspondrait donc à la sédentarisation de la basse vallée, celle que les documents nomment citra joriam (en deçà de la forêt). Une paroisse a certainement existé aux Ormonts avant 1287. Selon Corthésy (op. cit. , pp. 140 149), les archives royales du Turin mentionneraient un certain "Messire Guillaume, chapelain d'Ormont ". On en parle, en effet, dans la charte d'affranchissement du 2 juillet 1279 et dans un acte de vente de 1287.
Le manque d'archives ne permet pas de dire ce qui s'est passé dans la paroisse d'Ormont Dessous du XIlle au XVIe s. Une cloche portant le millésime de 1472 a été montée dans le clocher à flèche de pierre, qui date probablement du milieu du XVe s. et dont l'architecture s'apparente aux clochers de la vallée du Rhône. En 1505, l'évêque de Sion, le futur cardinal Matthieu Schinner, fait une visite pastorale à Ormont-Dessous, vraisemblablement pour organiser les relations entre la paroisse d'Ormont Dessous et la nouvelle paroisse d'Ormont Dessus, séparée en 1480 mais restée filiale de celle de Cergnat.

L'intervention bernoise
Payan "enchaplant" sa fauxLe 11 octobre 1464, les Bernois font une descente à Bex et s'en prennent aux biens de la famille Asperlin. Les Ormonans sont de la partie; le duc de Savoie les frappe d'une amende sévère à la suite de cette participation. Un peu plus tard, dans la nuit du 11 au 12 août 1475 ou, selon les archives bernoises, le 23 de ce même mois, a lieu la prise et la destruction partielle, l'incendie du château d'Aigle par des bandes pillardes du Simmental et du Gesseney à la solde des Bernois. Forts de leur expérience d'octobre 1464, les Ormonans leur ont servi de guides à travers les forêts. Les bergers d'Ormont mûrissent depuis 1438 une certaine irritation contre les Compeys, seigneurs d'Aigle, à cause de certains pâturages.
Dès lors, les Ormonts, en tant que mandement du Gouvernement d'Aigle, sont intégrés comme terre bernoise, baillage allemand selon certains historiens. Cela va durer 322 ans, plus longtemps que n'aura duré le régime savoyard.
Le 20 novembre 1475, le Conseil de Berne confirme les coutumes et les privilèges de la vallée des Ormonts. Les impôts sont dorénavant dégressifs à partir d'une certaine altitude.
Le 19 juin 1498, a lieu une nouvelle délimitation entre Ormont Dessous et la Commune paroissienne d'Aigle. En 1549, se fait une même délimitation avec Leysin qui fait toujours partie de la Commune aiglonne. Le 10 octobre 1502, Antoine d'Aigremont, vend aux Bernois tous les droits qu'il possède aux Ormonts, spécialement à Ormont Dessous. Le 25 mai 1523, le Conseil de Berne accorde à Ormont Dessous le droit de constituer une cour de justice, les affaires criminelles restant du ressort du Gouverneur d'Aigle.
La Réforme
Bergers à la montagne de PercheLes Ormonans eurent beaucoup de peine à accepter la Réforme car les prêtres qu'envoyait l'abbaye de St Maurice tenaient bien en mains leur troupeau, à l'abri de toute influence extérieure. Les montagnards avaient en outre beaucoup de rapports avec ceux de la haute Gruyère qu'ils côtoyaient dans les alpages durant la saison d'estivage. Lorsque, le 27 mai 1528, le Conseil de Berne destitue de ses fonctions le chanoine Grandis, curé titulaire d'Ormont Dessous, c'est à peine si les gens de la vallée y prennent garde; ce curé n'avait jamais résidé aux Ormonts. En juillet 1528, une ambassade bernoise se rend aux Ormonts, mais elle y est reçue très fraîchement; elle ne peut rien obtenir, pas même un serment de fidélité aux autorités bernoises. Une deuxième ambassade, avec le nouveau gouverneur, Jean Rodolphe Naegeli tente d'expliquer aux habitants la situation résultant de l'acceptation de la Réforme par les mandements de la plaine. L'obstination des montagnards redouble, puisque, le 5 décembre, les autorités bernoises leur adressent l'ordre de se soumettre. Selon le Manual de Berne du 2 janvier 1529, les Ormonans répondent enfin affirmativement, demandant même un prédicant qui leur prêche l'Evangile selon les principes de la Réformation. En juin 1529, le pasteur Jacques Camrol arrive aux Ormonts, mais les paroissiens vont lui mener la vie si rude qu'il se demandera à plusieurs reprises s'il pourra continuer son ministère.
Le Régime bernois
L'hôtel pension de la Couronne, à La Comballaz, détruit par un incendie vers 1930, lithographie de Ad. Cuvillier, d'après E. LafonIl est difficile, maintenant encore, de se faire une idée de l'histoire des Ormonts sous les régimes bernois et vaudois. Elle se décante peu à peu grâce aux recherches actuelles de l'Académie du Chablais vaudois et du groupement Connaissance du Passé. Les Ormonans de Dessous étaient très attachés à la conservation et à l'application de leur coutumier. Ils ont toujours prétendu que son maintien s'appuyait sur la lettre patente du 20 novembre 1476, qui avait confirmé leurs droits et immunités et les affranchissait de la mainmorte. A l'appui de leur intransigeance, il faut remarquer qu'Ormont Dessous forma durant tout le Moyen Age un fief homogène, les Pontverre ayant fortifié un état d'esprit exclusif, alors que le territoire d'Ormont-Dessus était composé de plusieurs fiefs dont les seigneurs résidaient en plaine. Cette particularité leur fit admettre de se rallier au coutumier des gens de la plaine. Ceux du Dessous refusèrent de s'y associer, tenant notamment pour le système dotal en matière de régime matrimonial alors que les mandements de la plaine tenaient pour le système de la communauté.
La trempe exceptionnelle qui marque encore aujourd'hui le caractère des Ormonans résulte de leur attachement au passé. Ils l'ont fait sentir dans leur manière d'accepter la Réforme, ils le démontrent encore en 1798 dans la guerre des Ormonts.
La guerre des Ormonts
Les chèvres de La ForclazVivant depuis plusieurs siècles dans un isolement total, par manque de voies de communications, ayant gardé jalousement leurs traditions, accoutumés à vivre sous le régime bernois qui leur était favorable, les Ormonans de 1798 ne comprenaient pas qu'au nom de la liberté qu'on leur promettait, mais dont ils se méfiaient, des étrangers viennent les déranger. Aussi s'activent ils à défendre farouchement leur patrimoine lorsque des troupes franco vaudoises veulent les soumettre, après avoir rallié les mandements de la plaine. Ils résistent vaillamment au col de la Croix et il aura fallu une trahison pour qu'ils soient vaincus au vieux pont des Planches, puis à La Forclaz. Mais Berne tombe, ce même 5 mars, devant la puissante armée de Schauenbourg. Les montagnards s'esquivent dans la nature, puis se soumettent. Les événements de 1798 n'en ont pas moins écrit pour eux l'une des pages les plus glorieuses. Il faut regretter qu'en 1986 la plupart des livres traitant de l'histoire vaudoise passent sous silence la guerre des Ormonts.
Le Régime vaudois
L'eglise de Cergnat vers 1870, après l'incendie du 22 octobre 1866Les Vaudois de 1798 avaient pensé apporter la liberté aux Ormonans qu'ils croyaient croupir sous la férule bernoise. En fait, c'est une question de langue qui a déterminé le Pays d'Enhaut et le Gouvernement d'Aigle à faire partie du nouveau canton créé par I'Acte de Médiation et inauguré par la première réunion du Grand Conseil, le 14 avril 1803. Du fait de cette nouvelle affectation, les Ormonans durent accepter la nouvelle Constitution cantonale. En 1845, année de la deuxième révolution vaudoise, les autorités cantonales issues de celle ci, nommèrent un nouveau préfet du Cercle des Ormonts. Il résidait à Ormont Dessous. Le nouveau Conseil d'État institue alors un appareil administratif complexe, à cheval sur les deux communes, ce qui va donner lieu à de nombreux différends que la politique sociale et religieuse ne fera qu'envenimer. Par ailleurs, le canton ne tarde pas à entreprendre la construction d'une route qui va enfin mettre un terme à l'isolement de la vallée.
La crise religieuse du XIXe s.
Scieurs de longs dits aussi "Bambanneurs"Les événements politiques de 1845 ne tardent pas à susciter des réactions dans la vallée, particulièrement à Ormont Dessus. Le préfet les minimise d'abord, puis admet qu'il y a dans la vallée des opposants à la nouvelle Constitution et plusieurs foyers de dissensions profondes entre la commune du haut et celle du bas. Cette fermentation des idées sur le plan politique et sur le plan religieux ne fait que détériorer le climat social. La tension s'inscrit dans la controverse religieuse qui aboutit à de graves événements et à la démission du pasteur Pilet d'Ormont Dessous, qui avait décidé de se joindre de coeur aux 155 pasteurs que des motifs de conscience avaient obligés, comme lui, à démissionner de l'Eglise nationale. En date du 8 août 1846, presque une année après ces événements, le préfet suppliait encore le Conseil d'Etat de nommer un nouveau conducteur spirituel à la tête de la paroisse d'en bas; l'absence de pasteur présentait un véritable danger pour l'ordre public et pour la moralité des habitants. Les choses rentrèrent finalement dans l'ordre, surtout après la constitution de l'Eglise libre d'Ormont Dessus et grâce à l'amélioration des communications routières entre les deux communes.
Les Ormonts au XIIIe s.
Les Ormonts au XIIIe s.Il semble qu'il s'agit ici des territoires montagneux plutôt que d'alpages déjà défrichés, le terme "alpes" paraissant opposé à celui de "curtes", domaines essentiellement de plaine. Ces "curtes", qui intéressent directement les Ormonts sont celles de Villy et d'Ollon, éventuellement de Vouvry (Aigle n'étant pas mentionnée alors comme "curtis". Selon Eugène Corthésy (Etude historique de la vallée des Ormonts, page 19), l'organisation des "curtes" resta sous les Mérovingiens à peu près ce qu'elle avait été précédemment.
Les anciens ponts
Le Pont de la TineIl faut descendre tout au fond du vallon de la Grande Eau, à l'écart du grand trafic, pour découvrir, dissimulés sous les arbres, les anciens ponts de pierre. C'est précisément en raison de cette position sur des chemins aujourd'hui abandonnés qu'ils ont pu subsister, sans subir aucune transformation. Le pont de la Tine est un véritable chef d'oeuvre ancien. Celui des Planches, envahi par les herbes folles, retentit encore des combats de 1798. Maintenant, démuni d'accès, il n'accueille plus aucun passant.Des hommes audacieux, dont l'histoire n'a pas transmis les noms, ont établi autrefois ces ponts, en s'inspirant de la technique des Romains qui, on le sait, furent les maîtres de la construction d'ouvrages en arc de voûte et en dos d'âne. Ces ponts sont d'une durabilite exemplaire et s'inscrivent admirablement dans le paysage.
Les anciens ponts d'Ormont Dessous sont la preuve vivante que la conception romaine des ponts de pierre a pu traverser plus d'un millénaire et demi sans subir aucun changement.
La route du Sépey
Le Sépey est un important carrefour routier. Quatre routes s'y croisent: celle d'Aigle auxDiablerets et au Pillon, celle du col des Mosses aboutissant à Château d'Oex, celle de Leysin et celle de La Forclaz.
Pourtant, les Ormonts sont demeurés longtemps en dehors des voies de communication. Pour aller dAigle au Sépey par exemple, il n'existait autrefois qu'un mauvais chemin muletier, sur la rive gauche de la Grande Eau. Ceci est attesté par une lettre de la Municipalité d'Ormont-Dessous, du 25 juin 1814, dans laquelle on lit " qu'il n'y a dans les Ormonts ni chars ni roues; tous les transports, les sels, les vins, les grains, pain et autres objets nécessaires à la subsistance des habitants se font sur le dos des chevaux et mulets, par des chemins pénibles et dangereux ".Le Sépey ne fut atteint par la belle route des Grands Rochers qu'en 1840. Ce fut alors la grande époque des diligences à chevaux succédant aux convois de mulets. Dès 1862, un service régulier de poste s'effectuait dAigle au Sépey. Vers 1900 encore, une vingtaine de postes par jour relayaient au Sépey, sans compter les voitures particulières.La dernière course postale en diligence d'Aigle aux Diablerets eut lieu le 22 décembre 1913 (notre photo).On peut évidemment relever que la commodité de la liaison entre La Forclaz et Vers l'Eglise créait un lien entre les deux communes mais c'est alors de la liaison Le Sépey-La Forclaz qu'il faut rappeler l'insuffisance.
La route d'Aigremont
Avant la construction du viaduc d'Aigremont: on distingue la toute première route au bas de la photo; plus haut, la voie taillée dans le rocher entre 1891 et 1896.L'histoire des routes n'est ici qu'une longue succession d'avaries et de destructions. Les chaussées se dégradaient tant par la pesanteur de la neige que par les éboulements, très fréquents lors de lafonte des neiges. Il en était de même pour les ponts, qu'il fallait rétablir fréquemment; les bois pourrissaient, les éboulements et les crues les emportaient, et l'argent manquait pour les construire solidement en maçonnerie comme autrefois.Il a fallu aux Ormonans beaucoup de patience et de ténacité, jusqu'à ce que les techniques modernes viennent à bout des forces de la nature. Et encore, tout n'est pas résolu, la portion de route de la Frasse est là pour nous le rappeler.