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| L'histoire |
Le récit qui va suivre est
un tableau succinct qui devrait pouvoir servir de base à d'autres
études plus détaillées. Pour la Préhistoire,
on ne peut faire que de maigres hypothèses, basées sur de
rares trouvailles. Des haches de bronze ont été trouvées
à Leysin, au col des Mosses, comme à Château d'Oex.
Est ce l'indice d'une migration d'il y a plus de 3000 ans? Ces gens auraient
été parmi les premiers à parcourir une région
vraisemblablement très boisée: une pierre à cupules
dans la région du Pillon, le menhir de cornieule du Tomeley, au
dessus de La Forclaz, quelques vestiges d'idiomes celtiques dans des noms
de lieux, en particulier dans le vallon de Culan, nous autorisent à
faire quelques hypothèses sur le lieu de passage qu'aurait été
la région des Ormonts. Une route de l'étain aurait pu emprunter
une partie de la vallée sous la forme d'une simple piste: trafic
lié à l'exploitation de mines de cuivre dans le val d'Anniviers.
Aux premiers siècles de notre ère, il semble qu'une pénétration
romaine se soit établie sur l'ancienne piste celtique, mais
on n'a trouvé aucun gisement de l'époque romaine, ni de
l'époque gallo romaine qui suivit. |
| Le Haut-Moyen-Age |
Dès le Xlle s. les comtes de Savoie sont les maîtres de l'abbaye
d'Agaune (" avoués " du couvent, protecteurs). Celle
ci administre les anciennes " curtes " de la plaine par des
vidomnes et des mayors qui doivent l'hommage au comte de Savoie. Dans
les documents, c'est à partir de 1179 qu'apparaissent les noms
des premiers vassaux. Le 9 janvier 1222, le comte Thomas procède
à un échange avec Aymon de Saillon et c'est par une confirmation
de 1232 que nous savons que Gui de Saillon, fils d'Aymon, alias Pontverre,
reçoit le château de St Triphon et des terres en Ormont.Dès
1231, les Saillon ont échangé leur nom contre celui d'Aigle
et l'on voit Gui d'Aigle donner, en 1242, Lyoson à l'abbaye de
Haut Crêt, en 1250, Manfred, fils de Gui, revendiquer de l'abbaye
de St Maurice le pâturage de Culan. |
| Le Bas-Moyen-Age |
De l'an mil à
la Réforme (1529), une succession de dates importantes marque l'histoire
de la vallée; celles qui concernent Ormont Dessus mettent en valeur
celles qui se rapportent à Ormont Dessous. Les deux communautés
ont lié leur sort durant toute la période du Bas Moyen Age.
Ce n'est, en effet, qu'en 1480 que les deux paroisses se constituent séparément.En
1313, la vallée d'Ormont compte 259 feux, dont 180 à Ormont
Dessous. Cergnat appartient encore en propre au comte de Savoie.C'est
vers 1348 que se construit le château d'Aigremont, à l'initiative
d'Aymon Il de Pontverre, qui devient bailli du Chablais en 1349 1350.
Il avait épousé Françoise de la Tour, décédée
en 1403. Leur fils François épousa, avant 1364, Eléonore,
fille d'Humbert d'Allaman, la présumée "Dame d'Aigremont
", attaquée par les Valaisans et défendue vers 1375,
par les bergers de La Forclaz qui reçurent en récompense
la Montagne de Perche. En 1403, l'occupation d'Aigremont par le comte
de Gruyère, Rodolphe IV amène le comte de Savoie Amédée
VIII à faire intervenir François Bouvier, vice châtelain
de Chillon, qui occupe la forteresse avec quatre-vingt mercenaires, puis
y place une garnison de douze hommes.Dès 1438, les Compeys, seigneurs
d'Aigle, revendiquent plusieurs pâturages aux Ormonts. Ils échouent.
Les seigneurs sont désormais plusieurs: les Vallese, devenus, en
1425, seigneurs d'Aigremont, les de Gruyère et les de la Baume
d'Illiens. Ce sont ces coseigneurs qui exercent la haute juridiction sur
la vallée et qui accordent, en 1441, deux foires au Sépey. |
| L'histoire ecclésiastique |
La vallée ayant appartenu
longtemps à l'abbaye de St Maurice d'Agaune, son organisation ecclésiastique
est liée au rayonnement de cette communauté. Bien qu'elle
ait perdu peu à peu ses propriétés foncières,
elle n'en garde pas moins la majeure partie de l'autorité spirituelle,
la partageant pourtant, dès le milieu du XlVe s. , avec l'évêché
de Sion.Les archives paroissiales d'Ormont Dessous ayant été détruites par l'incendie du 25 octobre 1866, il est impossible, malgré plusieurs recoupements, de préciser quand fut érigé, par l'abbaye, le premier sanctuaire. Il est cependant possible d'imaginer qu'une modeste chapelle l'ait précédé. Auparavant, les défricheurs, voire les réfugiés dont nous avons parlé, devaient descendre à Aigle ou même à Ollon pour assister aux offices religieux. La construction du premier sanctuaire ormonan correspondrait donc à la sédentarisation de la basse vallée, celle que les documents nomment citra joriam (en deçà de la forêt). Une paroisse a certainement existé aux Ormonts avant 1287. Selon Corthésy (op. cit. , pp. 140 149), les archives royales du Turin mentionneraient un certain "Messire Guillaume, chapelain d'Ormont ". On en parle, en effet, dans la charte d'affranchissement du 2 juillet 1279 et dans un acte de vente de 1287. Le manque d'archives ne permet pas de dire ce qui s'est passé dans la paroisse d'Ormont Dessous du XIlle au XVIe s. Une cloche portant le millésime de 1472 a été montée dans le clocher à flèche de pierre, qui date probablement du milieu du XVe s. et dont l'architecture s'apparente aux clochers de la vallée du Rhône. En 1505, l'évêque de Sion, le futur cardinal Matthieu Schinner, fait une visite pastorale à Ormont-Dessous, vraisemblablement pour organiser les relations entre la paroisse d'Ormont Dessous et la nouvelle paroisse d'Ormont Dessus, séparée en 1480 mais restée filiale de celle de Cergnat. |
| L'intervention bernoise |
Le 11 octobre 1464,
les Bernois font une descente à Bex et s'en prennent aux biens
de la famille Asperlin. Les Ormonans sont de la partie; le duc de Savoie
les frappe d'une amende sévère à la suite de cette
participation. Un peu plus tard, dans la nuit du 11 au 12 août 1475
ou, selon les archives bernoises, le 23 de ce même mois, a lieu
la prise et la destruction partielle, l'incendie du château d'Aigle
par des bandes pillardes du Simmental et du Gesseney à la solde
des Bernois. Forts de leur expérience d'octobre 1464, les Ormonans
leur ont servi de guides à travers les forêts. Les bergers
d'Ormont mûrissent depuis 1438 une certaine irritation contre les
Compeys, seigneurs d'Aigle, à cause de certains pâturages.Dès lors, les Ormonts, en tant que mandement du Gouvernement d'Aigle, sont intégrés comme terre bernoise, baillage allemand selon certains historiens. Cela va durer 322 ans, plus longtemps que n'aura duré le régime savoyard. Le 20 novembre 1475, le Conseil de Berne confirme les coutumes et les privilèges de la vallée des Ormonts. Les impôts sont dorénavant dégressifs à partir d'une certaine altitude. Le 19 juin 1498, a lieu une nouvelle délimitation entre Ormont Dessous et la Commune paroissienne d'Aigle. En 1549, se fait une même délimitation avec Leysin qui fait toujours partie de la Commune aiglonne. Le 10 octobre 1502, Antoine d'Aigremont, vend aux Bernois tous les droits qu'il possède aux Ormonts, spécialement à Ormont Dessous. Le 25 mai 1523, le Conseil de Berne accorde à Ormont Dessous le droit de constituer une cour de justice, les affaires criminelles restant du ressort du Gouverneur d'Aigle. |
| La Réforme |
Les Ormonans eurent beaucoup de
peine à accepter la Réforme car les prêtres qu'envoyait
l'abbaye de St Maurice tenaient bien en mains leur troupeau, à
l'abri de toute influence extérieure. Les montagnards avaient en
outre beaucoup de rapports avec ceux de la haute Gruyère qu'ils
côtoyaient dans les alpages durant la saison d'estivage. Lorsque,
le 27 mai 1528, le Conseil de Berne destitue de ses fonctions le chanoine
Grandis, curé titulaire d'Ormont Dessous, c'est à peine
si les gens de la vallée y prennent garde; ce curé n'avait
jamais résidé aux Ormonts. En juillet 1528, une ambassade
bernoise se rend aux Ormonts, mais elle y est reçue très
fraîchement; elle ne peut rien obtenir, pas même un serment
de fidélité aux autorités bernoises. Une deuxième
ambassade, avec le nouveau gouverneur, Jean Rodolphe Naegeli tente d'expliquer
aux habitants la situation résultant de l'acceptation de la Réforme
par les mandements de la plaine. L'obstination des montagnards redouble,
puisque, le 5 décembre, les autorités bernoises leur adressent
l'ordre de se soumettre. Selon le Manual de Berne du 2 janvier 1529, les
Ormonans répondent enfin affirmativement, demandant même
un prédicant qui leur prêche l'Evangile selon les principes
de la Réformation. En juin 1529, le pasteur Jacques Camrol arrive
aux Ormonts, mais les paroissiens vont lui mener la vie si rude qu'il
se demandera à plusieurs reprises s'il pourra continuer son ministère. |
| Le Régime bernois |
Il est difficile,
maintenant encore, de se faire une idée de l'histoire des Ormonts
sous les régimes bernois et vaudois. Elle se décante peu
à peu grâce aux recherches actuelles de l'Académie
du Chablais vaudois et du groupement Connaissance du Passé. Les
Ormonans de Dessous étaient très attachés à
la conservation et à l'application de leur coutumier. Ils ont toujours
prétendu que son maintien s'appuyait sur la lettre patente du 20
novembre 1476, qui avait confirmé leurs droits et immunités
et les affranchissait de la mainmorte. A l'appui de leur intransigeance,
il faut remarquer qu'Ormont Dessous forma durant tout le Moyen Age un
fief homogène, les Pontverre ayant fortifié un état
d'esprit exclusif, alors que le territoire d'Ormont-Dessus était
composé de plusieurs fiefs dont les seigneurs résidaient
en plaine. Cette particularité leur fit admettre de se rallier
au coutumier des gens de la plaine. Ceux du Dessous refusèrent
de s'y associer, tenant notamment pour le système dotal en matière
de régime matrimonial alors que les mandements de la plaine tenaient
pour le système de la communauté.La trempe exceptionnelle qui marque encore aujourd'hui le caractère des Ormonans résulte de leur attachement au passé. Ils l'ont fait sentir dans leur manière d'accepter la Réforme, ils le démontrent encore en 1798 dans la guerre des Ormonts. |
| La guerre des Ormonts |
Vivant depuis plusieurs
siècles dans un isolement total, par manque de voies de communications,
ayant gardé jalousement leurs traditions, accoutumés à
vivre sous le régime bernois qui leur était favorable, les
Ormonans de 1798 ne comprenaient pas qu'au nom de la liberté qu'on
leur promettait, mais dont ils se méfiaient, des étrangers
viennent les déranger. Aussi s'activent ils à défendre
farouchement leur patrimoine lorsque des troupes franco vaudoises veulent
les soumettre, après avoir rallié les mandements de la plaine.
Ils résistent vaillamment au col de la Croix et il aura fallu une
trahison pour qu'ils soient vaincus au vieux pont des Planches, puis à
La Forclaz. Mais Berne tombe, ce même 5 mars, devant la puissante
armée de Schauenbourg. Les montagnards s'esquivent dans la nature,
puis se soumettent. Les événements de 1798 n'en ont pas
moins écrit pour eux l'une des pages les plus glorieuses. Il faut
regretter qu'en 1986 la plupart des livres traitant de l'histoire vaudoise
passent sous silence la guerre des Ormonts. |
| Le Régime vaudois |
Les Vaudois de 1798
avaient pensé apporter la liberté aux Ormonans qu'ils croyaient
croupir sous la férule bernoise. En fait, c'est une question de
langue qui a déterminé le Pays d'Enhaut et le Gouvernement
d'Aigle à faire partie du nouveau canton créé par
I'Acte de Médiation et inauguré par la première réunion
du Grand Conseil, le 14 avril 1803. Du fait de cette nouvelle affectation,
les Ormonans durent accepter la nouvelle Constitution cantonale. En 1845,
année de la deuxième révolution vaudoise, les autorités
cantonales issues de celle ci, nommèrent un nouveau préfet
du Cercle des Ormonts. Il résidait à Ormont Dessous. Le
nouveau Conseil d'État institue alors un appareil administratif
complexe, à cheval sur les deux communes, ce qui va donner lieu
à de nombreux différends que la politique sociale et religieuse
ne fera qu'envenimer. Par ailleurs, le canton ne tarde pas à entreprendre
la construction d'une route qui va enfin mettre un terme à l'isolement
de la vallée. |
| La crise religieuse du XIXe s. |
Les événements
politiques de 1845 ne tardent pas à susciter des réactions
dans la vallée, particulièrement à Ormont Dessus.
Le préfet les minimise d'abord, puis admet qu'il y a dans la vallée
des opposants à la nouvelle Constitution et plusieurs foyers de
dissensions profondes entre la commune du haut et celle du bas. Cette
fermentation des idées sur le plan politique et sur le plan religieux
ne fait que détériorer le climat social. La tension s'inscrit
dans la controverse religieuse qui aboutit à de graves événements
et à la démission du pasteur Pilet d'Ormont Dessous, qui
avait décidé de se joindre de coeur aux 155 pasteurs que
des motifs de conscience avaient obligés, comme lui, à démissionner
de l'Eglise nationale. En date du 8 août 1846, presque une année
après ces événements, le préfet suppliait
encore le Conseil d'Etat de nommer un nouveau conducteur spirituel à
la tête de la paroisse d'en bas; l'absence de pasteur présentait
un véritable danger pour l'ordre public et pour la moralité
des habitants. Les choses rentrèrent finalement dans l'ordre, surtout
après la constitution de l'Eglise libre d'Ormont Dessus et grâce
à l'amélioration des communications routières entre
les deux communes. |
| Les Ormonts au XIIIe s. |
Il semble qu'il s'agit
ici des territoires montagneux plutôt que d'alpages déjà
défrichés, le terme "alpes" paraissant opposé
à celui de "curtes", domaines essentiellement de plaine.
Ces "curtes", qui intéressent directement les Ormonts
sont celles de Villy et d'Ollon, éventuellement de Vouvry (Aigle
n'étant pas mentionnée alors comme "curtis". Selon
Eugène Corthésy (Etude historique de la vallée des
Ormonts, page 19), l'organisation des "curtes" resta sous les
Mérovingiens à peu près ce qu'elle avait été
précédemment. |
| Les anciens ponts |
Il faut descendre
tout au fond du vallon de la Grande Eau, à l'écart du grand
trafic, pour découvrir, dissimulés sous les arbres, les
anciens ponts de pierre. C'est précisément en raison de
cette position sur des chemins aujourd'hui abandonnés qu'ils ont
pu subsister, sans subir aucune transformation. Le pont de la Tine est
un véritable chef d'oeuvre ancien. Celui des Planches, envahi par
les herbes folles, retentit encore des combats de 1798. Maintenant, démuni
d'accès, il n'accueille plus aucun passant.Des hommes audacieux,
dont l'histoire n'a pas transmis les noms, ont établi autrefois
ces ponts, en s'inspirant de la technique des Romains qui, on le sait,
furent les maîtres de la construction d'ouvrages en arc de voûte
et en dos d'âne. Ces ponts sont d'une durabilite exemplaire et s'inscrivent
admirablement dans le paysage.Les anciens ponts d'Ormont Dessous sont la preuve vivante que la conception romaine des ponts de pierre a pu traverser plus d'un millénaire et demi sans subir aucun changement. |
| La route du Sépey |
Le Sépey est
un important carrefour routier. Quatre routes s'y croisent: celle d'Aigle
auxDiablerets et au Pillon, celle du col des Mosses aboutissant à
Château d'Oex, celle de Leysin et celle de La Forclaz.Pourtant, les Ormonts sont demeurés longtemps en dehors des voies de communication. Pour aller dAigle au Sépey par exemple, il n'existait autrefois qu'un mauvais chemin muletier, sur la rive gauche de la Grande Eau. Ceci est attesté par une lettre de la Municipalité d'Ormont-Dessous, du 25 juin 1814, dans laquelle on lit " qu'il n'y a dans les Ormonts ni chars ni roues; tous les transports, les sels, les vins, les grains, pain et autres objets nécessaires à la subsistance des habitants se font sur le dos des chevaux et mulets, par des chemins pénibles et dangereux ".Le Sépey ne fut atteint par la belle route des Grands Rochers qu'en 1840. Ce fut alors la grande époque des diligences à chevaux succédant aux convois de mulets. Dès 1862, un service régulier de poste s'effectuait dAigle au Sépey. Vers 1900 encore, une vingtaine de postes par jour relayaient au Sépey, sans compter les voitures particulières.La dernière course postale en diligence d'Aigle aux Diablerets eut lieu le 22 décembre 1913 (notre photo).On peut évidemment relever que la commodité de la liaison entre La Forclaz et Vers l'Eglise créait un lien entre les deux communes mais c'est alors de la liaison Le Sépey-La Forclaz qu'il faut rappeler l'insuffisance. |
| La route d'Aigremont |
L'histoire
des routes n'est ici qu'une longue succession d'avaries et de destructions.
Les chaussées se dégradaient tant par la pesanteur de la
neige que par les éboulements, très fréquents lors
de lafonte des neiges. Il en était de même pour les ponts,
qu'il fallait rétablir fréquemment; les bois pourrissaient,
les éboulements et les crues les emportaient, et l'argent manquait
pour les construire solidement en maçonnerie comme autrefois.Il
a fallu aux Ormonans beaucoup de patience et de ténacité,
jusqu'à ce que les techniques modernes viennent à bout des
forces de la nature. Et encore, tout n'est pas résolu, la portion
de route de la Frasse est là pour nous le rappeler. |